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SIGNÉ CABREL

 

 

 

 Dans notre époque superficielle et people, Francis Cabrel propose une alternative à l'artificiel : un bouquet fraîchement cueilli de 13 nouvelles chansons, autant de roses et d'orties tendues, bras levé, comme un acte de résistance. Est-ce le sentiment d'être désormais hors-compétition qui lui permet cette écriture frontale? Quoiqu'il en soit, c'est une évidence : l'artiste signe là l'album le plus dense de sa carrière.
Ce n'est pas une légende. Francis, adossé à un arbre centenaire par un après-midi d'été dans les Landes, descend quelques arpèges et écrit "Le chêne liège". Une ballade up-tempo qui secoue le thème de la religion. "Etes-vous là, êtes-vous proches ou trop loin pour entendre nos cloches ou gardez-vous les mains dans les poches ou est-ce vos larmes quand il pleut?". Des interrogations qui donnent à réfléchir, voilà l'essence de ces nouvelles chansons. "Vers quel monde, sous quel règne et à quel juge sommes-nous promis?" sur le rythme saccadé et les cordes arabisantes de la chanson "Des Roses et des Orties".

Les chansons insouciantes : c'est louche... Alors Cabrel, l'humaniste, le père de Saïd et Mohamed, persiste et signe. Il nous embarque avec ironie dans un "African Tour" sans eldorado et sans appel. "J'ai fait tous ces kilomètres, tout cet espoir, tout ce courage, pour m'arrêter contre un grillage". La prise de position est nette : à l'heure où l'on parle tests ADN, les mots claquent comme ces portes qui se ferment. Le ciel en tôle ondulée pour toujours. 25 ans après, Saïd et Mohamed deviennent "N'Guyen la clandestine, Mamadou qu'on transfère, Sabrina qui tapine et ce Magyd qui dort par terre". Francis les a croisés dans les journaux ou dans la rue, comme cette femme "de la place Jean Fallières ou de Fallières Jean". Vision surréaliste d'un pantin au destin brisé qui se balade au bras d'un "Cygne blanc". "Un mari qui la frappe, un fils parti trop tôt... les crédits, la baraque, tout devient un combat, la boussole se détraque et voilà!".
Sans relâchement, la plume passée aux orties swingue et taille un costard aux "Cardinaux en costume". Ces hommes politiques et autres donneurs de leçons tenus responsables du trop d'indifférence. "Qu'un homme dorme sur le bitume, ça n'a pas l'air d'inquiéter les cardinaux en costume derrière les vitres teintées".
On est pourtant tous les mêmes. "Des hommes pareils" écrit Francis. "Quelque soit le prix qu'on se donne, on nage dans le même aquarium". Le gamin qui jouait de la guitare sur les toits des maisons d'Astaffort s'interroge une nouvelle fois au fil de refrains tendus par des cordes saturées : "Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école si l'y manque l'essentiel? Qu'est-ce qu'on vous apprend dans les livres si l'y manque l'essentiel...?".  

L'essentiel justement, la sortie de secours pour Cabrel, c'est l'amour, la tendresse et la poésie. Les roses.
"La robe et l'échelle", un texte tendrement érotique (une première!), permet à l'adolescent coquin de jeter un regard sous la robe légère d'une cueilleuse de cerises. "J'ai trouvé d'autres choses à faire et d'autres sourires à croiser mais une aussi belle lumière jamais...". Image solaire et fraîche encadrée par une guitare flamenca sensuelle.
De la dentelle.Autre porte de sortie : ces chansons enlevées et dansantes comme "Né dans le bayou", rock organique et vaudou emprunté aux Creedence Clearwater Revival et "Madame n'aime pas" adaptée du répertoire de JJ Cale. A faire groover une porte.
Mais le plus gros bouquet de roses revient à "Mademoiselle l'aventure". Francis, seul au piano, se met à nu et s'adresse à la mère de la petite fille qu'il a adoptée. "Vous êtes sûrement très belle, comme ce petit miroir de vous qui s'endort contre mon aile, c'est tout ce que je sais de vous".
Chanson d'amour, chanson d'espoir, chanson bijou, sans épine. "On fait des petites chansons qui se fanent et on se fane avec elles" écrit Cabrel dans "Des gens formidables". Ses roses et ses orties n'en sont pas là. Les orties de Cabrel piquent et grattent.
Et ses roses à la beauté printanière n'en finissent pas de parfumer les heures passées à écouter ce nouvel album.

 

Candice / adam.presse@wanadoo.fr

Vos commentaires

1 Le Vendredi 11 Avril 2008 à 21:53 GMT+2, par jeff

Bravo Mi. Quelle justesse dans vos commentaires ! Cabrel signe là le plus ;puissant ; de ses albums (à mon sens).

2 Le Lundi 22 Septembre 2008 à 12:35 GMT+2, par Super le dernier album de Cabrel. Mais je cherche encore pourquoi, "la place jean fallières ou fallières Jean"

super le dernier album de Cabrel. Mais je n'ai tjrs pas compris "la place Jean Fallières ou Fallières Jean. Si quelqu'un pouvait me donner la réponse, ça me ferait plaisir

3 Le Lundi 22 Septembre 2008 à 20:44 GMT+2, par Mi

Oui, Cabrel a placé la barre haut cette fois. Pour Jean Fallières, je sais pas, il y a eu Armand Fallières, président sous la 3eme république, né à Nérac, tout près d'Astaffort, mais Jean ?.. Je vais demander à Francis mais patience, faut le joindre...

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