ON ATTEND BEBERT ( 1 )
Bébert, si tu nous regarde...
ON ATTEND BEBERT ( 1 )
D'habitude à cette heure-ci, j'étais au lit depuis longtemps, mais ce soir-là il y avait eu prescription. Une nouvelle d'importance avait ébranlé la planète familiale, provoquant le hoquet sismique de tata Louise. Tonton Jules, lui, avait tapé du pied sous la table durant tout le repas avec la frénésie d'un batteur de jazz.
En guise de sédatif mes parents leur avaient prescrit ma présence. Je faisais donc partie de la virée nocturne. En ce soir de février, j'allais enfin revoir Bébert.
Nous foncions sur la route de l'aéroport.
Les yeux rivés au compteur, tonton Jules pilotait la « Quatre-chevaux ». Tata Louise faisait une fixation sur le cadran de sa montre, et moi à l'arrière, je regardais défiler les lumières.
Ca fonçait de plus belle. On aurait dit que le bolide nous emmenait sur la lune. Fi des nids-de-poule et des dos d'âne, nous survolions le bitume comme à bord d'un « Spoutnik ».
A cette allure nous finîmes par louper l'embranchement pour l'aéroport de Marseille-Marignane.
Dressé sur la pédale de frein comme Ben-Hur sur son char, tonton Jules n'avait pu juguler la fougue des « quatre chevaux » ; sans doute avaient-ils senti l'appel de la Camargue toute proche.
Nous fîmes demi-tour sur un terre-plein, et sous l'effet des vibrations, le dentier de tata se mit à jouer des castagnettes.
( à suivre )
Par Mi, Jeudi 24 Avr 2008 à 22:19 GMT+2 dans NOUVELLES (article, RSS)






