LOU CAT SE FARDE ( 5 )
Esprit es-tu là ?...
De retour au village, en descendant la grand'rue, il entendit quelqu'un courir derrière lui. C'était Esprit, le fontainier.
Il dévalait la pente à toutes pompes en criant comme un perdu, mais ici on avait l'habitude ; c'était comme ça à chaque fois qu'il avait trop bu et que sa femme le battait. Autant dire que les hématomes n'avaient guère le temps de désenfler...
Il s'immobilisa devant la fontaine, à bout de souffle.
Un timide filet d'eau coulait encore du bec... puis ce ne fut plus qu'un goutte à goutte, et puis... plus rien.
Les apéritologues diplômés du « Bar de la fontaine », la main tremblante et la glotte faisant le yo-yo, posèrent alors leurs verres sur le zinc comme autant de soldats en déroute déposant les armes. Au loin, un chien hurla à la mort, puis ce fut un silence lourd comme un Antonov qui vint se poser sur le petit village.
Silence aussitôt rompu par le mugissement d'un quatre-quatre, rutilant carrosse bardé de chromes, V6-turbo-trois litres, rouge vif, toutes options.
Au volant : Fernand Boutentrain, ex-docker marseillais, docteur es-pétanque, pointeur en chômage, tireur en longue maladie, propriétaire d'une jolie petite maison Place de la fontaine à St Amadou. Il s'arrêta devant chez lui, coupa le sifflet aux cent vingt watts de l'auto-radio, et descendit de son char.
Il aperçut Esprit, agenouillé devant la fontaine. Il vint aux renseignements...
« Plus d'eau ?.. Oh, qué pàti !.. On va être obligés de boire le pastis pur, dit Fernand en ôtant sa casquette Eurodisney.
Honoré s'assit sur un banc. Sa vision se troubla, il revit le chat se passer la patte derrière l'oreille. Soudain, un grand cri le ramena à la réalité.
« Oh putain ! » s'écria Fernand, en levant les bras au ciel.
Des fientes comme des médailles olympiques décoraient avec éclat son quatre-quatre. « Ma peinture ! Ca va me bouffer ma peinture ! »
A la terrasse du « Bar de la fontaine », on se délectait du spectacle, Pierre Latorche jubilait.
Fernand dit à Esprit : « trouve-moi de l'eau pour nettoyer ça !
- Mais... mais... y a plus d'eau, bredouilla le pauvre homme.
( A suivre )
Par Mi, Jeudi 10 Avril 2008 à 21:50 GMT+2 dans NOUVELLES (article, RSS)






