les-mots-de-mi

LOU CAT SE FARDE (2)

 

   Voir l'article "cul sec".

   Voici la page 2 qui fait suite à la page 1 (précis, hein ? )

   J'ai écrit cette nouvelle il y a quelques années comme une bonne blague. Je pensais béatement qu'avec la technique, les histoires de pénurie d'eau en Provence étaient d'une autre époque.

   Pourtant l'été dernier, Puimichel, un magnifique petit village des Alpes de Haute Provence qui domine des champs de blé et de lavande, a connu une situation similaire à celle dont je parle dans cette nouvelle, et ce, jusque dans certains détails.

   Plus d'eau au puits ni à la rivière, et la discorde qui s'installe entre les résidents permanents qui accusent les "Marseillais", résidents secondaires, de laver leur voiture en cachette ou de rincer les assiettes avant de les mettre à la machine.

   Avec ou sans eau, si vous passez du côté de Manosque n'hésitez pas à aller voir Puimichel, en plus la vue est splendide. Allez chiche qu'un de ces quatre on se fait un atelier d'écriture là-bas, j'attends les inscriptions! 

                                                                                                                                                                           MI

 

 

 

 LOU CAT SE FARDE (2)
 
- ... Non ! Je vais pas démissionner pour que cette vieille sorcière fasse tomber trois gouttes d'eau sur le village.
Pierre Latorche avait fait semblant de réfléchir un instant puis : « Je sais, il faut aller voir Honoré, son neveu et le convaincre de monter chez la vieille. »
 
La conversation avait été âpre mais Honoré avait promis à Pierre Latorche d'aller voir sa tante Philomène. « Surtout ne lui dis pas que c'est moi qui t'envoie, avait précisé le maire. »
 
Dans l'après-midi, Honoré se mit en route.

La maison de Philomène était à une heure de marche, en pleine colline. Honoré avançait péniblement ; les cailloux lui brûlaient la plante des pieds. « Un fakir n'y résisterait pas, pensait-t-il ». Il s'arrêta un instant, une lueur tragique dans le regard ; il dévisageait sa Provence à l'agonie et se sentait impuissant. Son cœur battait la chamade sous les assauts barbares du soleil. Il eut envie de faire demi-tour. « A quoi bon ? Cette vieille sorcière ne voudra rien entendre.» Il se remémora la conversation avec Pierre Latorche...
Il avait promis.

« Tante Philomène ! cria-t-il en arrivant devant la masure. C'est moi ! C'est Honoré ! »
Un corbeau s'envola, soulevant la poussière. Il entendit grincer la porte, qui s'entrouvrit. Un énorme chat noir détala dans ses jambes... faillit le faire trébucher. « Capoun de boun Diéu ! » s'exclama-t-il. Mais il se tut aussitôt en apercevant le visage parcheminé de Philomène dans l'entrebâillement de la porte. Elle avait de ces petits yeux de fouine à vous transpercer l'âme comme une baïonnette.
- Tu viens pour l'eau ? demanda-t-elle sèchement.
- Tu l'as lu dans le fond de mes yeux ? s'inquiéta Honoré.
- Dans le fond de mon puits, imbécile ! Allez entre !
 

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